Préfaces
Kiko Álvarez
Responsable de l’Unité Espèces et Espaces de SEO/BirdLife
La migration des oiseaux est l’un des phénomènes les plus fascinants et les plus complexes de la nature. Chaque année, des millions d’oiseaux parcourent des milliers de kilomètres, guidés par des mécanismes d’orientation complexes, afin de profiter des ressources qu’offrent différents territoires tout au long de leur cycle annuel. Ces déplacements relient les continents et les écosystèmes et jouent un rôle fondamental dans le fonctionnement et l’équilibre de la biodiversité mondiale.
Au cours de ces voyages, les oiseaux migrateurs sont confrontés à d’innombrables obstacles : conditions météorologiques défavorables, raréfaction des ressources, prédation, perte d’habitats et, de manière croissante, perturbations liées aux activités humaines. Cette remarquable démonstration d’endurance, d’orientation et d’adaptation suscite non seulement l’admiration, mais constitue également une composante essentielle du fonctionnement des écosystèmes à l’échelle mondiale. Elle révèle la profonde interconnexion écologique de la planète, en reliant continents et écosystèmes dans un équilibre dynamique dont dépendent d’innombrables formes de vie.
L’étude de la migration est essentielle pour comprendre la biologie des espèces et évaluer l’état de santé de notre environnement. Les oiseaux migrateurs constituent de précieux indicateurs des changements environnementaux, car les variations de leurs itinéraires, de leurs calendriers ou de leurs aires de répartition permettent de détecter des transformations écologiques majeures pour la conservation de la biodiversité. Leur suivi continu fournit des informations essentielles pour la conservation de la biodiversité et pour anticiper les effets du changement global.
L’intérêt pour les secrets de la migration des oiseaux remonte à l’Antiquité. Aristote s’interrogeait déjà sur le devenir des oiseaux en hiver, même si ses interprétations, comme l’hibernation supposée de certaines espèces, étaient bien éloignées de la réalité que nous connaissons aujourd’hui. Au fil des siècles, les connaissances ont progressé grâce à l’observation systématique et, de manière décisive, grâce au développement du baguage scientifique à la fin du XIXe siècle. Celui-ci a permis pour la première fois de suivre les déplacements d’individus précis et a jeté les bases de l’étude moderne de la migration. Depuis lors, des millions d’oiseaux ont été marqués, produisant des informations essentielles pour reconstituer les routes migratoires et définir les zones de reproduction et d’hivernage.
L’intégration de nouvelles technologies a représenté un saut qualitatif majeur dans ce domaine. Des outils tels que la radiotélémétrie ou les réseaux automatisés de suivi ont considérablement accru les capacités de collecte de données et facilité l’acquisition de connaissances sur la migration. Plus récemment, les technologies de suivi au moyen de dispositifs de géolocalisation et de GPS ont révolutionné ce domaine en fournissant des données d’une précision sans précédent, en enregistrant des localisations fréquentes et précises et en révélant des itinéraires complets, des zones de halte et des comportements en vol. Elles permettent également d’étudier la migration « en temps réel » et de comprendre comment des facteurs environnementaux tels que le climat, l’utilisation des sols ou la dégradation des habitats influencent les déplacements de chaque individu, ouvrant ainsi de nouvelles perspectives pour l’étude de l’écologie migratoire des oiseaux.
La présente publication rassemble et synthétise les connaissances les plus récentes sur la migration de 300 espèces d’oiseaux qui occupent le territoire espagnol à un moment ou à un autre de leur cycle biologique, en offrant une vision détaillée de leurs déplacements, de leurs schémas de mouvement et de leurs zones clés. Ce travail est également complété par un format web dynamique permettant la mise à jour continue des textes, tableaux, graphiques et cartes, en intégrant en permanence les avancées issues de l’application des nouvelles technologies et du volume croissant de données obtenues grâce aux programmes de baguage scientifique. Il contribue ainsi à approfondir les connaissances sur les différents déplacements qui caractérisent le cycle de vie de chaque espèce, y compris les complexes voyages migratoires résultant de milliers d’années d’évolution.
Cet atlas ambitionne de devenir une référence aussi bien pour la communauté scientifique que pour les responsables de la gestion et de l’aménagement du territoire. Il fournit également aux gestionnaires du territoire des informations essentielles pour intégrer la conservation de la nature dans la planification territoriale, afin que les décisions d’aménagement soient prises sur la base de critères scientifiques favorisant la conservation de la biodiversité à long terme.
Enfin, cet ouvrage constitue également une reconnaissance du travail collectif qui l’a rendu possible. Au fil des décennies, d’innombrables professionnels, chercheurs, ornithologues, femmes et hommes, ont contribué avec dévouement et rigueur à la connaissance des oiseaux et de leurs déplacements. Sans leur contribution constante, souvent discrète, il aurait été impossible de réunir le volume d’informations aujourd’hui mis à la disposition de la société. Cet atlas est, en définitive, le résultat de cet effort partagé et témoigne de la valeur de la collaboration dans la connaissance et la protection de notre patrimoine naturel.
À toutes et à tous vont notre reconnaissance et nos remerciements.
Kiko Álvarez
Responsable de l’Unité Espèces et Espaces de SEO/BirdLife
Hugo Morán Fernández
Secrétaire d’État à l’Environnement
La conservation de la biodiversité constitue une responsabilité collective et l’un des grands défis de notre époque. Dans un contexte marqué par le changement climatique, la transformation accélérée des écosystèmes et la pression croissante exercée sur les ressources naturelles, les connaissances scientifiques deviennent un outil indispensable pour orienter les politiques publiques et garantir une protection efficace de notre patrimoine naturel.
Les oiseaux migrateurs illustrent, comme peu d’autres phénomènes naturels, la dimension mondiale de la conservation. Leurs déplacements annuels relient continents, mers, zones humides, montagnes et territoires séparés par des milliers de kilomètres, nous rappelant que les processus écologiques ne connaissent pas les frontières administratives et que la protection de la biodiversité exige une vision large, coopérative et fondée sur les meilleures données scientifiques disponibles.
Dans ce contexte, la publication du premier Atlas de la migration des oiseaux en Espagne constitue une étape d’une importance exceptionnelle pour la connaissance et la gestion de notre patrimoine naturel. Cet ouvrage offre une vision sans précédent des routes, stratégies et schémas migratoires de centaines d’espèces présentes sur notre territoire, en intégrant les avancées scientifiques et technologiques les plus récentes et en fournissant une base solide pour mieux comprendre les défis auxquels la biodiversité est confrontée dans un contexte de changement global.
Sa valeur dépasse largement le cadre strictement scientifique. Les connaissances réunies dans cet atlas fournissent des outils fondamentaux pour la planification et la gestion du territoire, la conservation des espaces naturels, l’évaluation environnementale et la prise de décisions publiques fondées sur les meilleures informations disponibles. En définitive, il contribue à renforcer la capacité de nos institutions à concilier la conservation de la nature avec le développement économique et le bien-être social.
Cette publication est également le résultat d’un effort collectif exemplaire. Derrière chaque carte, chaque donnée et chaque analyse se trouvent des décennies de recherche, de suivi scientifique et de collaboration entre spécialistes, scientifiques, bagueurs, administrations publiques et organismes engagés dans l’étude et la conservation des oiseaux. Leur travail démontre la valeur du partage des connaissances et l’importance d’investir dans la science afin de relever avec toutes les garanties nécessaires les défis environnementaux du présent et de l’avenir.
L’Espagne occupe une position géographique privilégiée sur les principales voies migratoires du Paléarctique occidental. Cette singularité nous confère une responsabilité particulière dans la conservation des oiseaux migrateurs et des habitats dont ils dépendent tout au long de leur cycle de vie. Des ouvrages tels que cet atlas renforcent notre capacité à exercer cette responsabilité avec rigueur, vision stratégique et engagement envers les générations futures.
J’espère que ce travail deviendra une référence indispensable pour les chercheurs, les gestionnaires, les responsables publics et toutes les personnes engagées dans la conservation de notre patrimoine naturel. Sa publication constitue une contribution précieuse au développement de politiques fondées sur les données scientifiques et à la réalisation des objectifs que l’Espagne et l’Union européenne se sont engagées à poursuivre pour protéger et restaurer la nature, renforcer la résilience des écosystèmes et enrayer la perte de biodiversité.
À un moment décisif pour l’action environnementale, cet atlas fournit des informations essentielles pour continuer à promouvoir une planification territoriale plus durable, renforcer la conservation de nos espaces naturels et de nos espèces, et progresser vers les objectifs du Plan stratégique national pour le patrimoine naturel et la biodiversité à l’horizon 2030, ainsi que vers les engagements internationaux pris par l’Espagne en matière de biodiversité. Car protéger les routes migratoires des oiseaux, c’est aussi préserver les processus écologiques qui assurent la santé de nos écosystèmes et le bien-être de notre société.
La science nous permet de comprendre les changements que traverse la nature ; des outils tels que cet atlas nous aident également à prendre les décisions nécessaires pour garantir que les générations futures continuent d’hériter d’un patrimoine naturel riche, fonctionnel et diversifié.
Hugo Morán Fernández
Secrétaire d’État à l’Environnement
Ministère de la Transition écologique et du Défi démographique






















